Fin octobre 2026, l’once d’argent est retombée sous les 50 dollars après avoir brièvement dépassé les 100 dollars en début d’année. Pour un investisseur qui a acheté au sommet de janvier, la correction dépasse les 50 %. Ce type de mouvement rappelle que l’argent reste le plus volatil des métaux précieux, et que suivre son cours exige de comprendre ce qui tire réellement la demande, pas seulement les gros titres.
Déficit structurel du marché de l’argent et impact réel sur les prix
On entend souvent que le marché de l’argent est en déficit depuis plusieurs années. Selon le Silver Institute, ce déficit devrait se prolonger pour une sixième année consécutive en 2026, avec un manque estimé à environ 67 millions d’onces. Sur le papier, un déséquilibre offre-demande aussi persistant devrait pousser les cours à la hausse.
En pratique, un déficit annuel ne suffit pas à expliquer les mouvements de cours à court terme. Les flux d’investissement, les anticipations de taux d’intérêt et la force du dollar pèsent davantage sur les variations journalières. Un marché déficitaire peut parfaitement coexister avec une baisse marquée des prix quand les rendements obligataires grimpent ou que les fonds vendent massivement.
C’est exactement ce qui s’est produit en octobre 2026 : malgré le déficit physique, l’argent a chuté de plus de 19 % en un mois. Les grandes banques centrales, dont la Réserve fédérale et la BCE, ont maintenu leurs taux inchangés tout en signalant que la lutte contre l’inflation n’était pas terminée.
L’inflation PCE américaine est passée de 3,4 % à 3,6 % en septembre, renforçant les anticipations d’un maintien prolongé de taux élevés. Pour analyser l’évolution de l’argent sur le moyen terme, on ne peut pas se contenter du seul bilan physique du métal.

Demande industrielle de l’argent : le photovoltaïque ne garantit plus la hausse
Près de 60 % de la demande annuelle d’argent provient d’utilisations industrielles. Le secteur photovoltaïque a longtemps été présenté comme le moteur principal de croissance. La réalité terrain est plus nuancée.
Le World Silver Survey 2026, publié par le Silver Institute en avril 2026, révèle que la demande d’argent liée au photovoltaïque a reculé en 2025, malgré la croissance des installations solaires dans le monde. Deux facteurs expliquent ce paradoxe :
- La quantité d’argent utilisée par cellule solaire diminue grâce aux progrès technologiques (cellules TOPCon, HJT, pérovskite), qui permettent de réduire l’épaisseur des contacts métalliques.
- La substitution partielle par du cuivre est déjà engagée dans certaines technologies photovoltaïques, même si les performances et la fiabilité restent variables selon les procédés.
- Le recyclage des panneaux en fin de vie constitue une piste d’approvisionnement à long terme, mais dépend du rythme de mise au rebut effective, ce qui en fait un potentiel sur plusieurs décennies, pas une solution immédiate.
Pour un investisseur, miser sur l’argent en pariant uniquement sur la croissance du solaire revient à confondre volume d’installations et consommation réelle de métal. La thèse haussière solaire doit être réévaluée chaque année en fonction des données de consommation par cellule, pas des capacités installées.
Prévisions du cours de l’argent : ce que disent les analystes pour 2026-2027
Les prévisions divergent, ce qui reflète la nature duale de l’argent (métal précieux et matière première industrielle). Voici ce que les sources disponibles indiquent.
En août 2026, J.P. Morgan anticipait un cours d’environ 63 dollars l’once au quatrième trimestre 2026, avec une moyenne proche de 64 dollars en 2027. Trading Economics, de son côté, modélise un cours autour de 56 dollars d’ici la fin du trimestre en cours, avec une estimation à 66 dollars à horizon 12 mois.
L’écart entre ces deux projections, pourtant proches dans le temps, illustre un point fondamental : les modèles de prévision reposent sur des hypothèses de taux et de dollar qui peuvent basculer en quelques semaines. Un seul relèvement de taux surprise de la Fed suffirait à invalider le scénario haussier.
Scénario haussier
Il repose sur une baisse des taux directeurs au premier semestre 2027, un affaiblissement du dollar et un maintien du déficit physique. Dans ce cas, le ratio or/argent (actuellement autour de 77) pourrait se resserrer, signalant un rattrapage de l’argent par rapport à l’or.
Scénario baissier
Si l’inflation PCE reste au-dessus de 3,5 % et que la Fed relève ses taux en décembre comme certains l’anticipent, l’argent pourrait descendre vers la zone des 45 dollars, voire en dessous. Le PIB américain a progressé à un taux annualisé de 3,4 % au troisième trimestre, dépassant les prévisions de 3,2 %, ce qui renforce le scénario de taux durablement élevés.

Approche concrète pour investir dans l’argent en période de correction
On ne gère pas une position sur l’argent comme une position sur l’or. La volatilité est structurellement plus élevée, les à-coups plus brutaux, et les liquidations forcées sur les marchés dérivés amplifient les mouvements. Fin octobre 2026, la chute des valeurs technologiques liée aux dépenses en intelligence artificielle a provoqué des appels de marge qui ont touché l’argent par effet de contagion.
Trois repères opérationnels à garder en tête :
- Surveiller le ratio or/argent : quand il dépasse 80, l’argent est historiquement sous-évalué par rapport à l’or. À 77, on approche de cette zone sans y être encore.
- Ne pas confondre déficit physique et signal d’achat : le déficit soutient les cours à long terme, mais les flux financiers dominent à court terme.
- Intégrer le calendrier de la Fed : chaque réunion du FOMC et chaque publication de l’inflation PCE sont des points de bascule potentiels pour le cours de l’argent.
L’argent mérite une place dans un portefeuille diversifié, mais sa part doit rester proportionnée à la tolérance au risque. On parle d’un actif capable de perdre 20 % en un mois et de regagner 30 % le mois suivant.
Le contexte actuel de taux élevés et d’inflation persistante rend les prévisions particulièrement fragiles : la prudence consiste à dimensionner sa position en fonction du scénario que l’on juge le plus probable, tout en acceptant que le scénario inverse puisse se matérialiser rapidement.



